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21 août 2007 2 21 /08 /août /2007 23:00
Une petite explication s'impose avant ce texte. Sur le forum "autres mondes", il nous est venu l'idée de demander aux dessinateurs de proposer des dessins à partir desquels nous pourrions écrire une histoire. Le dessin qui m'a inspiré l'histoire qui suit se trouve ici

Bonne lecture!

La sarabande nocturne

            A vrai dire, ça n'a pas vraiment commencé d'une manière très glorieuse, avouons le. Nous étions perdus dans la lande tous les trois, moi, Dulff et Garoud, qui avait l'habitude de garder sur la tête son bonnet ridicule, au soir d'une journée de vagabondage. Nous avions perdu depuis un moment l'espoir de rejoindre une ville ou un village. Le crépuscule s'avançait et nous allions être contraints de dormir dans l'herbe, ce qui aurait pu nous plaire, s'il n'y avait eu l'orage qui s'annonçait. Alors, nous voilà, avançant maussades dans l'herbe, silencieux, scrutant l'horizon à la recherche d'une bâtisse, quelle qu'elle soit. Et voilà, alors que le soleil commence à se cacher à l'horizon, que nous voyons un château isolé. N'ayant rien à perdre, nous y sommes allés.

 

            Il n'avait pas l'air très reluisant. La tour était en ruine, et aucune lumière ne venait des fenêtres. L'endroit était inhabité, ça se sentait. Au moins, nous aurons un toit au dessus du bonnet, disait Garoud. Et nous sommes entrés sans cérémonial.

 

Le grand salon était heureusement à l'abri du vent, et une immense cheminée nous remit un peu de baume au cœur, car il y avait des meubles en bois pas trop pourris, nous allions pouvoir faire une bonne flambée. Chose curieuse, au dessus de la cheminée, trônaient deux clochettes, sur lesquelles le temps n'avait pas eu d'emprise. Même la poussière n'avait pu s'accrocher. Nous les examinâmes un instant avant de nous en désintéresser. Grâce au savoir de Dulff, il ne nous fallut qu'une heure pour allumer le feu et cette chaleur acheva de nous réconforter.

 

            Nous n'avions pour nous sustenter que trois quignons de pain, mais à l'abri, ils nous parurent un festin. Après notre repas, nous n'arrivions pas à dormir, la musique de la pluie et du vent n'ayant rien d'une berceuse. Garoud parut soudain intrigué par un bruit qui venait de l'autre coté du salon. Enflammant un barreau de chaise, il se dirigea, à la lueur de cette torche de fortune, vers le lieu d'où venait le bruit. Nous restâmes immobiles en l'attendant. Soudain, il cria dans la nuit. Agrippant à notre tour un barreau de chaise chacun, nous courûmes tous les deux vers le lieu d'où venait le cri. Nous trouvâmes une porte qui claquait: l'origine du bruit. Cette porte donnait sur un escalier qui semblait plonger vers le ventre de la terre. Nous fonçâmes sans réfléchir et arrivâmes en bas. Garoud, en bas, continuait de crier. Il criait de joie. Il avait trouvé la cave, et le vin ne manquait pas.

 

            Nous avons ouvert la première bouteille avec inquiétude. Après tout, peut être avait il tourné. J'ai choisi de gouter le premier. Le vin était un velours sur ma langue. J'ai du avoir l'air heureux, car les copains m'ont aussitôt arraché la bouteille des mains pour y gouter à leur tour. Rassuré autant que joyeux, nous avons remonté dans le salon pour trinquer devant le foyer. Notre premier toast fut pour notre défunt camarade Vergid, mort après une malheureuse rapine, face aux chiens féroces d'un bourgeois peu accommodant. Puis nous trinquâmes à nos parents, à nos frères, aux filles, puis à n'importe quoi. La joie coulait dans nos gosiers avec ce vin, et une envie de danser nous fit nous lever pour faire le tour de la pièce en chantant. La mauvaise idée, ça a été quand Dulff et Garoud ont pris chacun une clochette pour nous accompagner alors que nous chantions à tue-tête. Nous formions une curieuse sarabande, chantant aussi faux que nous agitions les clochettes, inconscients du fait que les lanternes du salon s'étaient allumées. Ca faisait bien trois tours de salon que nous faisions, quand je tournais la tête pour voir un crâne encore partiellement recouvert de chair me souriant de toutes ses dents, alors que le corps qui l'accompagnait, et qui n'était guère en meilleur état, suivait notre sarabande en dansant joyeusement. Ma surprise ne fit qu'augmenter quand, au dessus de ce crâne, je vis la tête d'une femme en train de le tirer la langue, et cette tête ne reposait sur aucun cou, mais était tenue à bout de bras par son corps étêté. Garoud se retourna en sentant ma main sur son épaule, et il s'arrêta de chanter aussitôt. dulff ne tarda pas lui non plus à arrêter la sarabande. Nous sommes restés interdits pendant une bonne minute alors que le zombie nous faisait des signes de main et que la femme remettait sa têt en place. Et puis Dulff ouvrit les bras en grand et étreignit le zombie en riant. Le zombie n'était autre que Vergid! Dulff avait reconnu sa chemise. Un peu ému, il nous a présenté la femme sans tête qui l'accompagnait: sa nouvelle petite amie. Nous l'avons alors invité à trinquer, et poli comme il est, enfin… comme il était, il n'a pas osé refuser, même si le vin qui coulait à travers sa mâchoire dénudée ne faisait que salir sa chemise avant de couler sur le sol.

 

Du reste de la soirée, je ne garde qu'un vague souvenir. Des fantômes entrant en masse dans le château, des rires et des chants spectraux, le vin qui coulait à flot à travers les ectoplasmes, les squelettes ou les corps décharnés. J'ai le vague souvenir de Vergid nous expliquant que les clochettes servaient à appeler les morts, je revois Dulff dansant avec le corps de la petite amie de vergid, alors que Garoud, qui gardait la tête, s'amusait à lui mettre son bonnet… Et puis le trou noir. Nous nous sommes réveillés le lendemain matin avec l'impression qu'on nous avait remplacé la tête par une enclume sur laquelle on avait tapé toute la nuit, avec comme compagnie une flopée de cadavres qui n'étaient pas rentrés dans leur cimetière à temps.

 

Et bien enterrer une vingtaine de cadavre dans le matin froid avec une gueule de bois en prime, c'est pas une partie de plaisir, laissez moi vous en assurer!!

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Published by Space Freak - dans Divers
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commentaires

wings.of.hope 08/10/2007 09:03

Bravo, c'est super et bien écrit.

Lud 03/10/2007 17:35

Je n'avais pas lu ta version des faits pour ne pas être influencé et maintenant que je l'ai lu, je m'aperçois qu'il y a des similitudes dans nos récits, notamment dans le choix du narrateur. Mais pourquoi a t-on choisi celui qui semble avoir la trouille ? Peut-être parce qu'il se trouve au centre de l'illustration ? Enfin j'en sais rien mais je trouve ça drôle.

Je trouve ton texte assez drôle et un autre point me fait dire qu'il y a des similitudes, c'est qu'on pense l'un comme l'autre que ces personnages n'ont pas bu que du thé. Etrange...

Sur ces quelques mots, je te salut en te félicitant, et t'invite à venir faire un petit commentaire "chez moi".

Aarwen 22/08/2007 12:22

Ha oui super, j'adore !!!!

Space Freak 22/08/2007 21:43

Merci, ça fait plaisir.

Alex 22/08/2007 09:34

Pas mal du tout :)

Space Freak 22/08/2007 21:41

Merci, maitre, je vous retourne le compliment

Alex 22/08/2007 09:30

Tu peux mettre l'image sur ton blog pour que les gens comprennent mieux. :)

Space Freak 22/08/2007 21:35

Voilà, c'est fait!

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