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20 avril 2008 7 20 /04 /avril /2008 11:15
Et voici, et voilà, la dernière partie des aventures de Lucie.
Néanmoins, suite aux remarques de mademoiselle Kejik, je ne vais peut être pas abandonner Lucie après ça, à savoir que je vais peu être remanier le texte pour lui donner un peu plus de fluidité dans les transitions, et puis pourquoi ne pas imaginer d'autres aventures pour la charmante demoiselle au nounours (moi, j'aime bien les nounours). Donc, ce texte est une fin, mais ça reste à suivre...

Lucie et les monstres

 

            Et j’ai enfin compris que ce qui m’assourdissait, ce n’était pas les hurlements de ces morts, mais le silence pesant qui leur était imposé par ceux qui, non seulement avaient initié ces morts, mais maintenant s’évertuent à les faire oublier.

 

            Les doigts se croisent et se décroisent à rythme régulier. L’homme à qui appartiennent ces doigts est en train de regarder alternativement un médecin, un ingénieur et un écran. Les deux hommes ont un air vaguement confiant, Sur l’écran, est projeté une scène curieuse : une jeune femme portant un pyjama gris utilise une console de commande. Ses gestes n’ont pas l’air assurés. Souvent elle tourne la tête vers sa gauche, comme si elle parlait à quelqu’un et sur le bras droit de son fauteuil trône un vieil ours en peluche.

  L’homme décroise une dernière fois ses doigts et chaque main vient s’abattre sur son coude opposé. Ayant les bras ainsi croisés, l’homme se redresse légèrement pour mettre en valeur ses décorations et ses galons. Son regard se durcit :

_ Messieurs, j’attends quelques explications.

  L’espace d’une seconde, ses deux interlocuteurs se concertent du regard. Le médecin a un léger mouvement du menton. L’ingénieur se lance alors.

_ Mon général, le problème à résoudre était celui de la base-relai Synchron V. Cette base est située dans un secteur important pour les communications et les transports spatiaux, que ce soit de personnes de troupes ou de …

_ Abrégez, voulez-vous ? Je suis au courant de l’importance de cette zone. Je veux savoir ce que cette cinglée fait dans ma base !

_ J’y viens. Vous n’êtes pas sans savoir que le secteur en question a été, il y a de cela près de vingt ans, le théâtre de la bataille dite des étoiles rouges. Les forces de la coalition ayant envoyé toutes leur flotte contre l’Imperium, lequel a répliqué de la même manière. Les morts se comptant en millions, des croiseurs de type Z ayant même été détruits.

_ Oui, et alors ? Où voulez vous en venir ?

_ A ceci : depuis cette bataille, un phénomène encore inexpliqué s’est produit. Il se traduit par des cauchemars lors de voyages en hyper sommeil passant par ce secteur, ce qui en soit n’est pas grave, mais surtout par des troubles mentaux des personnes qui y restent. Ces troubles mentaux ont abouti aux tristes évènements survenus un mois après l’arrivée de la première équipe sur cette base-relai. Pour reprendre vos termes, mon général, ce fut une boucherie. Depuis, nous avons envoyé une équipe d’investigation, il ne leur a pas fallu plus d’une semaine pour se massacrer les uns les autres. Nous n’avons pu analyser clairement le phénomène, et n’avons pu aboutir qu’à des suppositions.

  L’ingénieur s’interrompt, s’attendant à être coupé, mais le général reste muet. D’un geste de la main, ce dernier l’invite à poursuivre.

_ Voilà, nous pensons que des phénomènes, probablement électriques ou magnétiques, sont à l’origine de la situation. Ils occasionnent aux gens qui restent trop longtemps des délires et des visions qui finissent par les déstabiliser complètement. Le tout aboutissant aux massacres dont je viens de vous parler.

 

L’ingénieur s’arrête, et invite d’un geste son collègue à prendre la parole.

_ Mon collègue a travaillé sur une solution pour assurer le fonctionnement de cette base-relai. L’avantage étant que celle-ci était, pour la majeure partie des tâches, complètement automatisée. La présence humaine est quand même nécessaire pour la maintenance spécifique. Il fallait au moins une personne dans cette base pour y veiller. C’est alors que j’ai proposé cette idée, qui, certes, peut paraître incongrue, mais qui se révèle finalement efficace. En gros, l’idée est la suivante. Puisque l’on devient fou en restant dans cette station, pourquoi ne pas envoyer une personne déjà mentalement atteinte.

  Il désigne l’écran. On y voyait la jeune fille, toujours sur son fauteuil, en train de serrer sa peluche dans ses bras.

_ Je vous présente Lucie Peyne. C’est un sujet d’expérimentation intéressant. Cette jeune femme a souffert d’être séparé de ses parents trop tôt. Elle a intériorisé sa souffrance pendant de longues années, et elle a fini par subir des sévices sexuels… je vous passe les détails.

_ Je vous remercie de rester bref, dit le général en avertissement.

_ Elle a fini par créer son propre monde dans lequel elle a toujours 10 ans et son lien avec le monde réel est un personnage imaginaire, un homme nommé Karl, un genre de domestique qui la sert en tout. Le docteur Frederik, son médecin traitant, avait réussi à la soigner, grâce à un traitement à base d’hypnose et de médicaments. J’ai du réquisitionner la jeune femme pour raison d’état. Son médecin s’y est opposé, et nous avons du nous en occuper… Je vous passe les détails. Nous avons ensuite réorienté sa thérapie, en faisant de nouvelles séances d’hypnose, tout en arrêtant progressivement les médicaments, de manière à augmenter sa psychose pour nous permettre d’atteindre notre but. L’idée étant d’opposer aux délires affectant tous les occupants de la base-relai une psychose déjà installée.

_ Si j’ai bien compris, elle ne peut pas devenir encore plus folle car elle l’est déjà. C’est bien, mais en quoi peut elle faire marcher ma base ?

_ Grâce à l’hypnose, monsieur. Nous lui avons appris tout ce qu’elle doit savoir concernant cette station, et, en dehors de son état mental, elle sait faire preuve d’analyse et de résoudre la plupart des problèmes. Mon collègue vous le confirmera, grâce à cette personne, nous pouvons faire fonctionner cette station plusieurs années.

_ Et après ?

_ Après nous n’aurons qu’à trouver des personnes avec cette même pathologie pour continuer, nous pourrons même si besoin est la générer sur des sujets qui n’existent pas officiellement. Il reste quelques tests à effectuer, pour voir si Lucie est vraiment bien adaptée à son nouvel environnement, mais l’opération semble être un succès.

_ Bien messieurs. Je compte sur vous pour permettre le bon fonctionnement de cette base-relai. Je veillerai à la non prolifération de cette information. Bonne journée, et vive l’imperium !

_ Vive l’imperium ! Disent en chœur les deux hommes en se levant….

 

 

            Au loin, dans une petite base spatiale, une petite fille appuie sur des boutons en suivant les conseils de son ami Karl. Autours d’elle, des hommes et des femmes la regardent. Certains ont un teint gris, d’autres une tâche de sang sur leurs vêtements, certains n’ont plus que la moitié de leur tête, quand ce n’est pas un ou plusieurs membres qui leur manque. Ils la regardent tous, sans colère, mais avec compassion. Ils n’ont pas de raison d’essayer de l’effrayer. Elle est comme eux, le fantôme d’une guerre qu’elle n’a pas voulue.


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Published by Space Freak - dans Lucie
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commentaires

bardabu 22/04/2008 10:16

Toujours de bonnes histoires, avec une fin qui explique tout et rend tout cohérent. Le développement semble un rêve où s'accumulent des événements étranges. Mais c'est peut-être trop rapide. Et ton style est toujours reconaissable : beaucoup de dialogues et des contre-pieds surprenants.

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