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2 mars 2009 1 02 /03 /mars /2009 19:33
Et bien, voilà. Suite à un quizz auquel 'ai brillament répondu, je suis à présent le "master of horror" du forum des autres mondes. Alors, je me suis dit qu'il fallait mériter ce surnom, aussi je me suis attelé à un récit d'horreur, que j'espère réussi, à vous de juger

Visages

 

            Souviens toi, Sonia, souviens toi. Nous étions jeunes, nous étions amis, et nous aimions tant jouer. Rappelle toi ce lieu connu de nous seuls, rappelle toi nos jeux, et nos histoires...

           

            Sonia se réveilla. Elle se tourna et se retourna quelques temps, fermant les yeux, essayant de s’imaginer ailleurs, puis elle essaya de persuader son corps que le sommeil l’engourdissait. Mais c’était peine perdue. Elle sentait son cerveau comme une voiture qui vient de se mettre en route. Elle tendit le bras en dehors des couvertures, et la lumière en même temps que la fraîcheur de la chambre acheva de la réveiller.

 

La première chose qu’elle vit fut ce visage mort. Elle avait affiché cette photographie qui lui avait été envoyée par un ami travaillant dans une morgue. D’aspect il n’avait rien de particulièrement morbide, les médecins avaient fait un travail remarquable et le jeune homme avait l’air de dormir, et pourtant, même sans savoir d’où venait la photo, personne ne s’y trompait, on savait qu’il était mort. Sonia cherchait à retrouver le détail qui donnait cette certitude. Elle se leva.

En passant dans la cuisine, elle attrapa au passage le courrier qu’elle avait pris en rentrant, puis elle ouvrit son frigo. Elle se prépara un lait chaud au miel dans une tasse blanche et se dirigea, seulement vêtue de sa robe de chambre, vers son atelier.

La plupart des gens, quand ils ne peuvent pas dormir, se posent devant leur télévision  en regardant des programmes ineptes et attendent que la fatigue daigne revenir. Sonia, elle préfère s’asseoir dans un fauteuil dans son atelier, au milieu de ses peintures, à dialoguer silencieusement avec son inspiration. Curieusement, ce soir, elle ne se sentait pas en verve. Tous ses tableaux lui semblaient vides de sens, fade, comme s’il n’y avait en fait rien sur la toile. De lassitude, elle éplucha son courrier. Il n’y avait rien de très amusant. Un relevé bancaire, une publicité, et une lettre. Elle regarda le nom de l’expéditeur au dos de l’enveloppe. Karl Xavier, ce nom lui disait quelque chose. Un frisson la parcouru. Elle se ressaisit, ce n’était qu’un coup de froid. Elle ouvrit d’enveloppe d’un coup, déchirant le papier. La lettre manuscrite n’était pas longue :

« Souviens toi, Sonia, souviens toi. Nous étions jeunes, nous étions amis, et nous aimions tant jouer. Rappelle toi ce lieu connu de nous seuls, rappelle toi nos jeux, et nos histoires. Rappelle toi ces jours, ces après midi, et ces nuits. Nous passions notre temps à nous raconter ces histoires de monstres, et à regarder les ténèbres. Que de créatures avons-nous cru voir bouger dans les ténèbres ! Tu ne les vois pas, Sonia ? Ils sont là, ils sont tous là, nous sommes tous là, et nous sommes venus te chercher… »

Tout revenait à Sonia. Karl, comment avait elle pu l’oublier ? Son ami d’enfance, celui qui caressait l’envie de devenir écrivain. C’était lui qui faisait e plus peur, avec ses histoires. Et pourtant, elle essayait de rivaliser, mettant des vampires dans ses histoires, des loups-garous ou des fantômes. Mais rien n’y faisait, c’était toujours Karl qui l’effrayait, alors que lui semblait immunisé contre la terreur de la nuit. Ses histoires pourtant commençaient toujours doucement, calmement, avec un bon père de famille roulant dans son break en compagnie de sa femme et de ses enfants avec, en toile de fond, un soleil déclinant et rassurant, ou encore avec une jeune mariée qui attendait son mari en préparant son plat préféré... Et doucement, presque naturellement, les sentiments terribles s’immisçaient, puis les personnages suspects, et quand on commençait à trembler, quand on commençait à voir, alors il était déjà trop tard…

Sonia se réveilla brusquement. S’était elle endormie ? Elle se leva du fauteuil, inquiète. Quelque chose n’allait pas. Devant elle, un tableau peint par elle. Il représentait une paisible famille assise au coin du feu, le père et les enfants se parlant et riant, et la mère, apportant un plateau sur lequel étaient disposées des tasses remplies de chocolat chaud. Si on regarde bien le coin du tableau, on peut voir la porte de la cuisine entrebâillée, et un flacon sur lequel on peut voir une tête de mort, puis, si on regarde le visage de la mère, en apparence souriant, on n’a plus de doute sur le contenu des tasses. Sonia était habituellement très fière de ce tableau, mais ce soir, il lui donnait des frissons. A coté, un autre tableau représentant une jeune femme en train de cuisiner. Un tableau respirant le bonheur, car, sur la table de la cuisine, une photo montre la femme lors de son mariage. Et pourtant, une ombre se dessine dans un coin du tableau, et on comprend que la porte de la maison n’est pas fermée, et qu’un intrus…

Sonia se rendit compte qu’elle n’avait pas fermé la porte de sa maison. Fébrilement, elle se rua vers l’entrée et vérifia la porte. Elle était verrouillée. Ç’aurait du la rassurer, mais pourtant, tel n’était pas le cas. Mettant les mains autours de ses yeux, elle essaya de distinguer quelque chose à travers la fenêtre de l’entrée. Mais il n’y avait rien que la pénombre. Avait elle vu quelque chose bouger ? Elle recula et respira profondément. Et soudain elle comprit ce qui la gênait depuis un moment. La lumière de sa maison déclinait. Toutes les lampes ne donnaient qu’une lumière tamisée qui faiblissait. Elle eut beau allumer tout ce qui lui tombait sous la main, les ténèbres gagnaient du terrain. En dernier recours, elle prit la lampe de poche dans le tiroir de son bureau. Sentant la panique la gagner, elle monta dans sa chambre. Elle s’était rendue compte qu’elle n’avait en fait jamais oublié Karl, et que ses tableaux étaient là pour le lui rappeler en permanence.

Elle arriva dans sa chambre, et eut l’idée de téléphoner. Mais là où aurait du se trouver le téléphone, il n’y avait plus rien. C’est alors que les lumières s’éteignirent tout à fait. Sonia alluma la lampe de poche qui, heureusement, fonctionnait. Elle tourna et retourna la lampe dans sa chambre. Il n’y avait personne. Elle s’arrêta soudain sur la photo du jeune homme mort. Sa tête ne semblait plus endormie, mais elle était tournée sur le coté, les yeux ouverts, avec un petit sourire aux lèvres, plus mort que jamais. Sonia sut à cet instant à qui appartenait ce visage. Il appartenait à cet ami d’enfance qui lui avait envoyé cette lettre, il n’y avait aucun doute alors que se superposaient dans sa tête le souvenir d’enfance et le visage de la photo. Elle recula jusqu’à être acculée au mur. Elle se retourna soudainement, et ce qu’elle vit l’acheva. Sa lampe éclairait un miroir et Sonia voyait clairement son visage. Elle ne pouvait toujours pas définir ce qui montrait si clairement que l’homme de la photo était mort, mais elle le voyait à nouveau, sur son propre visage.

Elle lâcha sa lampe, qui s’éteignit en touchant le sol…

 

 

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Published by Space Freak - dans histoires courtes
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commentaires

Flo 03/09/2009 15:55

J'aime beaucoup aussi le coup des tableaux! Très sympa !!!

Caliope 09/03/2009 00:24

Dommage que l'ambiance ne soit pas plus travaillée, il y a des expressions qui ne vont pas dans le jargon des histoires qui font peur... Mais l'intrigue et le fil de l'histoire est superbe !

Lud 05/03/2009 19:26

On ne peut pas dire que je sois fan de ce genre d'histoire. Le dernier bouquin du style que j'ai lu c'est Coldheart Canyon de Clive Barker et c'était plutôt bof, bof...

Cependant ton histoire courte est intéressante. Il y a une ambiance et tu utilises les grands traits de l'horreur. C'est pas mal mais peut-être un peu décousu.

Alice 05/03/2009 12:10

Pas mal, master of horror. Tu as réussi à me faire lire jusqu'au bout un style que je n'apprécie d'habitude pas beaucoup.

Mille visages. 02/03/2009 21:13

Le passage où Sonia regarde ces tableaux et découvre qu'elle peut être en danger elle aussi, m'a donné la chair de poule.
Un vrai plaisir de lecture macabre.

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