Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 juillet 2009 5 10 /07 /juillet /2009 08:00
Pour vous faire patienter en attendant la suite d'effacement, un petit texte fantastique de mon cru

Né d’hier mort de demain

  Si je dois mourir ce soir, je veux au moins savoir pourquoi. Mais tout ce que j’ai devant moi, ce n’est rien d’autre qu’une stupide pierre. Pourquoi bon sang ? Pourquoi ? Et comment tout cela a-t-il commencé, déjà ?

            Je crois me rappeler que j’étais dans mon lit. La journée avait été ni bonne ni mauvaise, une journée de travail ordinaire. J’avais aidé mon fils à faire ses devoirs, ma femme avait préparé le dîner. Le poisson était un peu trop cuit à mon goût, mais je ne lui en ai pas fait la remarque, je n’avais pas envie de me disputer ce soir. Nous nous sommes couchés l’un après l’autre, sans nous dire bonsoir…

 

… Et je me suis réveillé, au milieu de la nuit. J’avais soif, je crois. Je me suis levé, j’ai titubé jusqu’à la salle de bain, j’ai ouvert le robinet d’eau froide, en laissant couler l’eau un moment pour qu’elle soit plus fraîche, et après avoir bu… C’est là que j’ai commencé à avoir l’impression de quelque chose qui ne tournait pas rond. Je me suis dirigé vers ma chambre, et c’est en me recouchant que je me suis rendu compte que ma femme n’était pas là.

Je me suis relevé, ai d’abord été voir si elle était aux toilettes, mais la porte était ouverte, et personne n’était assis sur le trône. J’ai ensuite été voir dans le salon. Personne, là non plus. J’ai eu alors l’idée qu’elle était peut être allé dans la chambre des enfants, peut être que l’un d’entre eux avait fait un cauchemar. Mais en arrivant dans la chambre, j’ai vite déchanté. Les enfants aussi n’étaient plus là. Je crois avoir commencé à paniquer à ce moment là. Je me suis rué sur le téléphone, j’ai composé le numéro de la police, mais il n’y avait pas de tonalité.

  A ce moment là, je me suis dit : « mais c’est quoi ce mauvais polar dans lequel on me fait jouer ? » J’avais envie de dire que ce n’étais pas à moi que ce genre de chose est censé arriver. J’ai eu une soudaine impulsion. J’ai saisi mon manteau, j’ai enfilé mes chaussures, sans même mettre de chaussettes, et je le suis rué hors de mon appartement.

  C’est curieux comme on s’habitue à la poisse. Lorsque l’ascenseur a refusé de fonctionner, je ne m’en suis même pas étonné. Il n’y avait que cinq étages à descendre, et puis il n’y avait personne à qui me plaindre. De l’immeuble entier émanait un silence sinistre. Je suis sorti, j’ai eu une soudaine envie d’entendre des gens parler, même gueuler, je voulais entendre des voitures rouler, mais il n’y avait rien. Les lampadaires éclairaient une rue vide. Et au milieu de cette rue…

 

            J’aurais bien voulu croire à une blague de mauvais goût, mais là, je n’avais vraiment pas envie de rire. Au milieu de la rue, se trouvait une pierre tombale, avec mon nom et la date d’aujourd’hui. J’aurais bien aimé  pouvoir me rebiffer et crier, ou bien éclater d’un rire sonore, mais je n’ai pu que rester hébété et même trembler devant ce morceau de pierre. Et soudain, venant de derrière, un genre de courant d’air glacé.

  Dans les films, à ce moment là, on voit le héro se retourner lentement, et on admire bien sa mine déconfite lorsqu’il voit l’apparition d’horreur. Moi, j’ai préféré me retourner d’un coup. Et bien, pour ce qui est d’une apparition d’horreur, j’ai été servi. Ca avait une grande cape noire qui masquait presque tout et le reste de l’anatomie était cachée par cette espèce de fumée blanche et glacée qui émanait de la chose. Je ne savais comment l’appeler. La mort, la grande faucheuse, le destin. Bref, c’était là devant moi, et ça avait une manière plus que claire de dire que c’était mon tour.

 

Vous savez, quand on s’imagine face à la mort, on se dit qu’on aimerait être courageux, exemplaire, mais quand on est vraiment face à elle, et bien, toutes ces belles résolutions, on les oublie. Je me suis mis à genoux, et je l’ai supplié (ou suppliée, comment voulez vous savoir quand on ne voit qu’une cape et de la fumée ?). Je lui ai dit que ce n’était pas le moment. Je n’avais même pas embrassé ma femme, ou mes enfants ce soir. J’avais encore tellement de choses à vivre, je….

            Une volute de fumée venant de la manche de la chose a pris la forme d’une main et s’est posée sur mon épaule. J’ai alors compris qu’il était inutile d’essayer. Sous la pression de cette main fantomatique, je me suis levé, je me suis retourné pour voir la rue, le trottoir, et même les jardins peuplés de ces pierres tombales. Et soudain, comme si je m’envolais, j’ai vu la chambre de mon appartement à travers la fenêtre, et je me suis vu, en train de dormir, à coté de ma femme. Dans un clignement de paupière, je me suis soudain retrouvé devant ma pierre tombale à nouveau. Il n’y avait qu’une date, celle du jour qui venait de mourir. Alors j’ai compris. Je m’appelle Antoine, et nous étions le 16 juin. Je suis né ce 16 juin, et je suis mort ce même 16 juin. Le Antoine du 17 juin est en train de dormir, inconscient du fait qu’il vient de naître et qu’il mourra ce même jour, tout comme les autres, tous les autres, dont je vois les pierres tombales autours de moi.

 

Bon, voilà, je crois qu’il est temps d’y aller. La chose me met sa main fumeuse dans le dos et me pousse gentiment et fermement vers un ailleurs noir. J’aurais aimé avoir une dernière chance, mais bon, il est trop tard… Si seulement je pouvais dire au monde… Ce n’est pas du flan quand on vous conseille de vivre chaque jour de votre vie comme si c’était le dernier, parce que c’est le cas …

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Space Freak - dans histoires courtes
commenter cet article

commentaires

SAD 09/08/2009 18:51

hello, je t'ai taggué mais rien ne t'oblige à répondre; vIENS CHEZ MOI POUR VOIR DE QUOI IL RETOURNE!!!

SAD 12/07/2009 11:06

euh... il ne faut pas manger épicé avant de dormir, ça fait cauchemarder!!! En tout cas, c'est bien écrit!!!

Présentation

  • : Le blog de Space Freak
  • Le blog de Space Freak
  • : Je crois que je sais écrire de la science fiction
  • Contact

Recherche