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6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 08:00

Et voici ma deuxième participation au concours, qui a modestement terminé au bas du classement, avec l'autre. Puissiez vous apprécier la chose

 

Je les vois qui marchent

 

            Laisser moi d’abord vous poser une petite question. Cela fait combien de temps que vous n’avez pas vu le ciel bleu ? Depuis combien de temps avons-nous droit à ce ciel gris uniforme, ces nuits sans lune ni étoile, et ces températures hivernales ? Oui, la météo est figée depuis les événements que l’on connaît. Sans doute vous demandez vous pourquoi. Je ne sais pas. Je ne suis pas ici pour vous fournir des réponses. Moi, je ne fais que vous décrire ce que je vois. Je suis comme vous, je les vois qui marchent, le regard vide, le teint gris, la bouche ouverte, béante. Et certaines personnes souhaitent que je cesse de parler, sous prétexte que je pourrais créer la panique, que je pourrais nuire au moral des gens. Mais je continue quand même, parce que je pense que je ne pourrais pas faire baisser davantage le moral que tout ce qui nous entoure.

            Laissez moi maintenant vous parler de ce que j’ai vu, au tout début, il y a de cela un an.

            Cela se passait sur un quai de gare. Les trains avaient du retard, dans un sens ou dans l’autre. Et les gens étaient attroupés, attendant mi impatients mi résignés. Il faisait froid, la neige tombait, faiblement, juste histoire de nous rappeler que nous étions en hiver. Moi, j’étais au bord du quai, et je regardais devant moi, essayant de tromper mon ennui dans je ne sais plus quelle réflexion. C’est là que je l’ai vue. Elle était belle, elle tremblait sous la neige, les yeux baissés. Vous savez, pendant un moment, j’ai cru que ça aurait pu être un tout autre genre d’histoire, que j’aurais pu aller sur l’autre quai, qu’on serait parti, laissant les autres attendre… Mais je suis rapidement revenu à la réalité. Et la réalité, c’est que cette jeune personne s’est évanouie sur le quai. Elle est tombée doucement, au milieu de la foule. Et là, ça a commencé. C’est comme si ils s’étaient précipités lentement sur elle. J’ai voulu croire qu’ils voulaient l’aider, mais bientôt ils l’ont tous recouverte. Et je n’ai entendu que des grognements et des craquements, jusqu’à ce que je voie le sang couler du quai vers les voies. Je n’ai pas réagi, comme la plupart de gens à coté de moi,. Ce genre de situation, ça me semblait tout simplement impossible. Alors je les ai vus se lever, la bouche dégoulinante de sang, parfois encore remplie de chair. Certaines personnes, en face comme elles ont hurlé, et se sont faite attaquer à leur tour. Je n’ai pas vu la suite, le train était arrivé. Je suis monté dedans, et je suis parti loin du carnage. Pourquoi mon quai a-t-il été épargné ? Pourquoi sommes nous montés dans le train sans mot dire ? Je ne sais pas.

 Ce jour là, plusieurs attaques de ce genre se sont produites, dans des files d’attente, des arrêts de bus, des manifestations. Toujours des endroits peuplés. On a parlé d’un nouveau genre d’attentat, d’une arme chimique… Puis on a appris que ça ne se limitait pas à la ville, ni au pays, mais que partout ailleurs, c’était pareil. Des gens cliniquement morts, mais qui marchaient, et qui cherchaient à bouffer les vivants. Bien des politiciens, des scientifiques ont avancé des idées savantes pour expliquer ce qui se passait. Oui, ils en avaient des théories. Mais aucun n’avait le courage de dire la simple vérité : que personne ne savait réellement la cause de tout ça.

 

Combien de fois depuis ai-je entendu parler de réunion de famille qui se sont terminées par un carnage, lorsqu’un ou plusieurs des membres de la famille se sont jetés sur les autres pour les dévorer ? Ou bien ces gens qui ont verrouillé leur maison, se croyant à l’abri des bouffeurs, et qui se sont fait attaquer par leur femme ou leurs enfants, quand ce n’était pas eux qui attaquaient. J’ai même vu un jour une mère attaquer son enfant, alors qu’elle lui promettait un nounours moins de cinq minutes avant.

 

Nous les voyons tous, qui déambulent dans les rues, et parmi ces corps qui marchent se trouvent d’anciennes personnes que nous connaissions, parents, amis.

Mais réellement, ce qui me fait peur, c’est que nous sommes de plus en plus nombreux à trouver ça normal. Il y a un bulletin quotidien à la télévision, qui annonce les lieux où ils se rassemblent, les lieux où ils sont susceptibles d’aller, et ce bulletin est devenu aussi ordinaire que la météo. Il est présenté par une jeune femme qui ne quitte pas son sourire, et qui parle de zombies comme elle parlerait de la pluie et du beau temps. C’est effrayant, en vérité. C’est en voyant ça que j’ai décidé d’émettre et de vous faire part de mes observations, de mes peurs, mais ça, on ne veut pas me le permettre. Pourquoi ?

 

Pour terminer, je vous dirai ceci. Je n’arrête pas de me demander ce qui se serait passé si, ce fameux jour où tout a commencé, je m’étais trouvé de l’autre coté des voies. Aurais-je réussi à m’enfuir ? Aurai-je été dévoré, ou bien est-ce que je serais devenu un d’entre eux ? Et bien il m’arrive de me demander si cette dernière éventualité n’aurait pas été préférable.

 

Voilà, c’était mon billet quotidien. Il ne me reste qu’à vous donner un conseil, celui que je vous donne tous les jours. Aimez vos proches, vos parents, vos amis, n’oubliez pas de le leur dire, et n’oubliez pas non plus qu’ils pourraient un jour aller grossir leurs rangs.

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Published by Space Freak - dans histoires courtes
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