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23 avril 2012 1 23 /04 /avril /2012 08:00

Et voici le dernier texte, classé 7 ième de la sélection

 

 

Le cinglé aux commandes

 

C’est toujours le même rituel. Les passagers montent d’abord dans le vaisseau, dans ce grand cocon douillet garni de sièges confortables où ils vont passer leur voyage. Et une fois qu’ils sont tous montés, le cocon est fermé. C’est à ce moment qu’on amène le pilote. Il n’y a aucune possibilité de passer de l’espace passager au cockpit. Il fut un temps où cette mesure protégeait le pilote des éventuels passagers malintentionnés, on pourrait dire maintenant que cela protège les passagers du pilote. Le pilote qui est monté se trouve dans une cage de métal dont il ne sort qu’une fois enfermé dans le cockpit. Il n’en sort pas en fait, ce sont les parois de la cage qui s’escamotent dans le sol, laissant le pilote, c'est-à-dire moi, seul face aux commandes.

 

Décollage !

 

Les commandes de ce zinc sont un peu curieuses. Pour être précis, elles sont inexistantes. Enfin, non, elles sont immatérielles. De l’extérieur, je donne l’air de brasser du vent, comme un dément. En fait, moi, ce que je vois, ce sont des cartes, des jauges, des indicateurs. Ca fait beaucoup d’information à gérer, trop pour un mec normal, mais pas pour moi. Vous commencez à piger ? Bon passons à l’étape suivante.

 

Accélération !

 

Une telle quantité de G, ça vous vaporise un mec normal. Quoi, les passagers ? Ne vous bilez pas pour eux, ils sont bien à l’abri dans leur cocon, qui s’est paré d’un champ de stase pour l’occasion. Parlons plutôt de votre serviteur, qui voit son petit monde changer du tout au tout. Je vous ai parlé de mon bras ? En fait, on me l’a amputé, ou plutôt remplacé par un équivalent métallique. Ca marche comme un vrai, la grosse différence c’est toute l’électronique, et surtout la grosse quantité de produit, un genre de réservoir au niveau de mon biceps, un truc qui s’injecte automatiquement en continu, sauf que pendant l’accélération, j’en ai droit à une portion plus que généreuse. Et là je peux encaisser les G.

 

Vous dire ce que je ressens à ce moment là… Je me sens comme un boxeur prêt à lutter contre un pays entier, je suis prêt à tout casser. Mais en fait je suis chargé de piloter, de faire face à la douleur. Mon corps accélère, les secondes deviennent des heures, puis des jours, et la douleur s’accompagne d’excitation, d’un mélange de joie furieuse et de torture délirante. Et nous passons la vitesse de la lumière.

 

Vitesse de pointe !

 

Ne me demandez pas les détails techniques, ce n’est pas mon rayon. On l’a dépassé, c’est tout. Les hommes ont réussi à contourner l’impossible. Et moi, je suis juste là pour mener ce morceau de métal à travers l’espace et éviter les étoiles, astéroïdes, comètes, planètes, sur mon chemin. A ce moment, mon esprit occulte le vaisseau et les passagers, il n’y a plus que moi et l’espace. C’est censé être le moment de routine, à piloter tranquillement, jusqu’à une arrivée tranquille. Sauf qu’aujourd’hui je n’en ai pas envie.

 

Je sais que tu es là !

 

Je suis face à l’infini. Tu dois bien être là quelque part. Oui, c’est bien à toi que je parle. Toi qui a pris une semaine à te fignoler une petite terre bien tranquille, et qui a passé le reste des millénaires qui nous ont mené ici à saloper le boulot ! Tu sais quelle est ma vie. Enfermé dans une cage, comme un monstre, la plupart du temps, ma vie est pourrie par cette horreur qui se déverse dans mon sang en permanence, mais qui permet à tout ces gens d’aller de planètes en planètes. J’ai besoin de savoir pourquoi tu permets ça, alors j’y vais, je m’invite chez toi.

 

Accélération !

 

Ca n’a pas été facile de trouver comment contourner le bridage moteur du vaisseau, mais comme les voyages sont si longs pour moi, j’ai du temps à consacrer à ces recherches quand je pilote. Je pousse le vaisseau, il en a encore dans le ventre

 

Danger !

 

L’interface dans ma tête devient rouge. Un danger potentiel est détecté. Il est temps d’arrêter, vous ne pensez pas ? MEME PAS EN REVE !

 

Danger ! Danger !

 

L’air dans le cockpit me parait solide comme de la glace. J’avale plus que je n‘inspire, le froid me mord le ventre, j’aperçois sur les parois autours de moi du givre. Des cristaux de glace flottent dans l’air. Ne me demandez pas pourquoi, la science n’est pas mon rayon.

 

Danger ! Danger ! Danger !

 

J’ai jamais eu aussi froid. J’ai l’impression que mes membres vont se détacher et tomber en se brisant comme du cristal, les cristaux de glace commencent à prendre du volume, mais ils continuent à flotter. On va peut être atteindre le zéro absolu, non ? Si c’est le cas, je ne veux pas rater ça.

 

Danger ! Danger ! Danger ! Danger ! Alerte maximum !!!

 

J’ouvre les yeux. J’ai l’impression de sortir d’un rêve. Je ne suis plus en train d’accélérer, je ne suis plus dans le vaisseau, Tout, autours de moi, est blanc et lumineux. J’ai l’impression que l’univers est devenu une feuille de papier en trois dimensions.

 

Et le voilà devant moi !

 

Vous savez comment on sait qu’on est bien en face de Dieu ? On le sait c’est tout. Mais quand je dis on sait, je veux dire on sait. Il est là, en face de moi, et, alors que juste avant, j’étais prêt à lui foutre une paire baffe pour ce qu’il a permis, je me surprends à avoir peur. Je n’ai pas peur de lui, mais j’ai peur de ses réponses. Il ne dit rien, il me montre. Autours de lui, des images se forment, l’univers en mouvement, immense et détaillé. Il voit tout, sait tout, jusqu’au moindre mouvement du moindre atome. Et là, je vois, tout ce qu’il manipule, ça ressemble trop à mon interface de navigation, son sourire quand il me regarde, qui ressemble tellement au mien.

 

Quand on veut poser une question, il faut être prêt à encaisser la réponse !

 

Et me revoilà dans mon cockpit. La glace est maintenant partout. La température est si basse que je ne sens plus rien. Je n’arrive pas à respirer. L’ordinateur central du vaisseau s’est planté ! Le vaisseau est en perdition. Il faut faire quelque chose… Mais pourquoi en fait ? Donnez-moi une bonne raison !

 

 

 

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Published by Space Freak - dans histoires courtes
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commentaires

Alice 03/05/2012 15:55

Je crois que je n'ai pas tout capté sur la fin. Est-ce que ce Dieu n'est qu'un humain boosté comme lui ou ... ???

Selene-C 27/04/2012 18:19

Ne serait-ce pas que l'ordinateur central était humain ?
Erreur technique ou erreur humaine ? Qu'écrira-t-on dans le rapport ?

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