Je crois que je sais écrire de la science fiction
Pierrot Bonjean, c’est comme ça qu’il s’appelle. Un gars ordinaire, si tant est qu’une telle chose existe. Célibataire, gardant son appartement rangé, sans pour autant être maniaque, il occupe un emploi de statisticien, ce qui explique en partie qu’il est monstrueusement ennuyeux. Voilà pour le personnage.
Le jour qui termine est lundi. Il termine un peu tard, car il avait plusieurs rapports à taper et à corriger afin qu’ils arrivent chez qui de droit sans la moindre faute. Il va sans dire que tous les destinataires de ces rapports s’empresseront de les jeter à la corbeille, (discrètement, pour laisser à Pierrot l’illusion que son travail est utile). Donc, notre personnage se rentre chez lui, avec une démarche qu’on peut calquer sur celle de la semaine dernière et, au visage, un sourire béat reflétant la joie du travail bien fait.
Il est 18h52, et dans une minute, le monde tel que Pierrot le connaît va cesser d’exister. L’évènement qui va tout bouleverser n’est autre qu’un objet volumineux tombant depuis le ciel sur la tête de notre héro. Peut être une météorite, peut être un missile, en tout cas, c’est très gros, et son centre se trouve juste à la verticale de la tête de Pierrot Bonjean alors qu’il va s’écraser, quelques 0.05 seconde plus tard.
Tout homme normal, on l’imagine, voit sa vie défiler devant ses yeux à ce moment là, mais pas Pierrot. Lui, avec une habitude ancrée en lui comme son squelette, calcule, en voyant cette énorme masse qui lui tombe dessus, la probabilité qu’un tel évènement lui arrive, à lui ! Professionnel jusqu’au bout, Pierrot. Comme si ça avait une quelconque importance…