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23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 22:54
Suite à mon dyptique fantasy/SF, le sieur Sylvain m'avait dit être en désaccord avec Pratchett, arguant que le texte de fantasy "état de grâce" que j'avais écrit et qui avait été illustré par miss SAD [edit] Miss SAD qui a eu de nouveau la gentillesse d'illustrer mon texte avec le talent qui la caractérise, voyez et admirez (ce que vous pouvez aussi faire sur son site) [/edit] ne pouvait être transposé en SF. A celà, j'ai répondu "chiche!" Aussi, pour répondre au défi, je vous présente la version SF du texte "état de grâce" intitulé...

Space ghosts

 


            Teller posa ses coudes sur le tableau de commandes, et prit sa tête dans ses mains. Devant lui s’étendait l’immensité de l’espace. Mais il n’était pas d’humeur à soliloquer sur la beauté des étoiles. Il était plutôt d’humeur râleuse.

_ Qui peut me dire ce qui a foiré ?

_ Je n’en sais rien, dit Scax.

_ Et toi, Léon, tu n’as pas d’idée ?

  Le troisième larron, allongé comme il pouvait sur le dernier siège de la salle de commande, se tourna vers les deux autres.

_ Faut pas être bien malin pour se rendre compte qu’ils nous attendaient. Normalement, ce genre de convoi voyage en hypersommeil, et nous avions les codes pour les aborder sans déclencher l’alarme. On aurait pu donc se remplir les poches sans risque de les réveiller… mais voilà. Ils ne dormaient pas, ils savaient où nous étions, et ils nous ont balancée une bonne giclée de rayons à ion, ce qui a mis le moteur kaputt. Mais ça pourrait être pire, le recycleur d’air fonctionne toujours.

_ Tant mieux, dit Teller. Nous mourrons de faim au lieu de mourir asphyxiés.

_ C’est Bob, dit Scax.

_ Pardon ?

_ Le type qui nous a mis sur le coup. Il les a prévenus.

_ C’est idiot ! Pourquoi il nous aurait fait ça ?

_ Je ne sais pas, mais il a fait ça. Je le sais, c’est tout.

            C’est ce qui caractérise Scax. Ce type sait bien se débrouiller avec les ordinateurs, mais ce qui est le plus étrange avec lui, c’est lorsqu’il parle avec ce curieux accent. D’abord il fiche un peu la trouille, et puis surtout ce qu’il dit est toujours vrai.

_ Puisque tu as des visions, Scax, tu pourrais pas nous dire comment on va se sortir de là ?

_ Pardon, Teller, mais c’est passé.

            Teller se leva. Il se dirigea vers la porte qui s’ouvrit docilement mais un peu lentement. Dans la cabine, seule marchait la lumière de secours éclairait, baignant le lieu dans une pénombre orangée. Il s’assit sur sa couchette, se retourna et se coucha sur le dos, une main sur le front, tâchant de réfléchir. Pourvu qu’ils ne dérivent pas vers la zone G, se disait il.

            Un silence de tombeau régnait dans le vaisseau, de quoi faire peur aux occupants, si ceux-ci n’étaient pas occupés à dormir. Teller avait fini par s’assoupir sur sa couchette. Scax dormait la tête sur ses bras croisés le tableau de commande. Léon ronflait, affalé sur le fauteuil de la salle de commande. Chacun était plongé dans ses rêves.

  Scax rêvait de logique, d’ordinateurs, de programmes, de codes à percer, et au milieu de tout ça, il y avait un personnage récurrent et insolite, le magicien, un vieil homme avec ses cartes, ses oiseaux, et ses coffres, et qui parvenait toujours à faire dire ces étranges vérités à Scax.

  Léon rêvait encore et toujours de Soïda, la planète sur laquelle il était né. Il s’en rappelait comme d’un paradis, un paradis détruit. Soïda avait été la première, et heureusement la seule, planète détruite par la puissance de feu d’une armée lors de la grande guerre. L’image de cette planète en train de se disloquer était gravée dans sa mémoire.

  Teller, quant à lui, rêvait de combats. Ancien soldat, il avait participé à de nombreux combats, de nombreuses campagnes, de nombreux massacres. Il aurait pu tenir s’il n’avait pas connu la zone G. Il avait déserté depuis et ne souhaitait pas revivre ça. Il fut réveillé en sursaut. Léon le secouait.

_ Qu’est-ce qui se passe ? dit Teller

_... Nous ne sommes pas seuls.


            Trois énormes flottes de combat s’étaient rencontrées dans une zone de l’espace. Chacune étant en guerre contre les deux autres, le combat était inévitable. Il a duré plusieurs semaines. On raconte que les soldats étaient devenus fous à force de combattre, et qu’ils combattaient encore après être mort. Toujours est il que personne n’a survécu, et que les vaisseaux évitent au possible la zone où ce combat a eu lieu. Elle est connue sous le nom de Zone G.


            Pour un vaisseau en perdition, se faire récupérer par un grand vaisseau de transport, c’est une aubaine. Pour nos trois bandits, se faire récupérer par le Murena, vaisseau amiral de la troupe d’Eric, c’était pire que de ne pas se faire récupérer du tout. Ils étaient d’accord sur ce point, alors qu’ils étaient tous les trois attachés à une chaise différente, en train de faire face à l’état major du brigand et de sa bande.

  Eric s’avança vers Teller et se planta devant lui. Il était grand, imposant, et avait un regard presque impossible à soutenir au milieu d’une tête chauve et d’un visage glabre.

_ Où est le pognon ? demanda-t-il

_ A cette heure, il doit être arrivé à sa destination, répondit Teller.

_ … En temps normal, je t’aurais déjà arraché deux dents, mais vu l’état de ton vaisseau, je pense que tu ne te fiche pas de ma gueule. Vous vous êtes fait avoir par un vaisseau d’endormis ?

_ Ils étaient réveillés. Ils nous attendaient.

_ Tu peux me redire ça ?

_ Arrête moi si je dis une bêtise. Ce ne serait pas Bob qui t’aurait mis sur ce coup ? Je crois comprendre maintenant.

  Eric resta un instant sombre, et soudain il rejeta sa tête en arrière et rit fort et d’une manière peu encourageante.

_ Alors ce salopard de Bob vous a piégé avant de me faire le dindon de la farce à mon tour. C’est tant pis pour moi, alors, et tant pis pour vous aussi.

_ Alors, c’est bon, on peut repartir ? demanda Scax

  Eric rit de nouveau. Scax se sentait très bête. Une alarme se fit entendre. Eric ne parut pas très impressionné.

_ Bien, messieurs, je crois qu’il va falloir que je vous quitte. Nous allons entrer en zone G, et mon équipage et moi allons nous mettre en hypersommeil le temps de traverser.

_ Attend ! dit Léon. Tu ne vas pas nous laisser ici, comme ça !

_ ai au moins la pitié de nous tuer ! dit Teller

_ Je n’ai pas envie de gâcher des munitions, dit Eric alors que la porte de la salle coulissait derrière lui.



  Ils étaient de nouveau seuls, dans une pièce noire, attachés, et en passe de devenir fous. Teller se tortillait sur sa chaise sans arriver à bouger.

_ Calme toi, dit Léon. On doit avant tout rester calme.

_ Calme ? CALME ??? Bon sang, tu ne sais pas ce qui s’est passé ici ?

_ Oui, une bataille, on m’a dit. Mais ce n’est pas ce qui…

_ Ils ont employé des armes spéciales, des prototypes qui n’ont plus été employés depuis. Ils ont joué avec l’espace, le temps. Ce n’est pas des bobards, quand on dit que les soldats ont encore combattus après être morts. Ils ont transformé cette partie de l’espace en une… gadoue d’espace-temps. On ne peut pas s’en tirer sain d’esprit quand on passe par là.

_ J’entends quelque chose, dit Scax

_ Moi aussi, dit Léon, ça n’a pas l’air joyeux.

  Teller ne bougeait plus.

_... L’écho des milliers de morts sur ce champ de bataille. Ca commence comme ça, et après… Personne n’est resté assez cohérent pour le raconter.

  Une lumière éblouissante venue d’au dessus d’eux les aveugla momentanément. En relevant les yeux, ils virent trois silhouettes indistinctes dans la lumière blanche

_ Ca commence, dit Teller, résigné…


_... Soldat Teller, relevez la tête, ce n’est pas le moment de vous laisser aller.

_... ? Lieutenant ? Lieutenant Corso ? Que faites vous ici ?

_ C’est plutôt à toi qu’on devrait poser cette question. Moi je suis à ma place. Relève-toi et regarde moi.

_ C’est vous qui allez…

_ T’exécuter ? Quelle idiotie de ta part de croire ça. Je t’ai sauvé la vie, tu ne te rappelles pas la bataille sur la lune de Yavin ? Tu me dois une vie, n’est-ce pas ?

_ Oui, mon lieutenant.

_ Alors cette vie que tu vas sauver pour moi, c’est la tienne ! Et je vais t’ y aider…

  L’homme qui faisait face à Teller était à moitié transparent, avait un visage carré, et une coupe militaire aussi réglementaire que son uniforme. Il regardait Teller fixement, mais pas durement. Il se tut après ces dernières paroles. Une seconde silhouette s’avança. Il s’agissait d’une femme âgée, au regard doux et aux cheveux blancs. Léon écarquilla les yeux

_ Grand-mère ? Tu…

_ Léon, mon petit. Que tu as grandi ! Comme j’aurais aimé être là pour te voir. Je n’aurais pas du rester sur Soïda

_ Grand-mère… Mais, que… ?

_ Je suis venu t’aider moi aussi.

  La troisième silhouette s’avança à son tour. La personne était vêtue d’une cape qu’elle découvrit d’un geste théâtral. Ce fut au tour de Scax d’avoir l’air ébahi

_ Monsieur le magicien ? Mais… Vous n’êtes que dans ma tête…

_ Qui sait où nous nous trouvons ici, mon ami ? Il est temps pour vous de vous libérer, tel Houdini.

Le magicien étendit ses mains, et les liens qui attachaient les trois hommes à leur siège respectif disparurent. Ils se levèrent, hébétés, avancèrent chacun vers son fantôme.

_ Les gars… Ca y est ?.... On est cinglés ? demanda Léon.  



            Eric se dirigea vers la salle où étaient retenus ses trois prisonniers. Il s’attendait à voir trois hommes en état de prostration ou hurlant des propos incohérents. Plusieurs fois il avait sacrifié des prisonniers ainsi. Ca amusait un temps l’équipage. Mais il allait falloir s’en débarrasser. Il ouvrit la porte. Les trois hommes étaient là, mais ils étaient debout, et leurs yeux étaient des plus étranges, ils étaient blancs et lumineux, et tous tournés vers lui. Il vit leur air étrangement calme tout en tirant son arme et fit feu. Il ne vit pas Teller bouger, mais il vit qu’il s’était mis sur la trajectoire de la balle et qu’il avait arrêté le tir de sa main tendue. Il n’eut pas le temps de tirer à nouveau. Teller fut sur lui et frappa. Il n’y eut qu’un coup. Eric fut projeté contre la cloison de la salle dans laquelle il s’enfonça sous la force du coup. Il garda une seconde un air ahuri avant que sa tête s’affaisse. Teller, scax et Léon sortirent de la salle.

_ Messieurs, dit scax, que le spectacle commence !!



 L’alarme se fit entendre à travers tout le vaisseau. L’équipage courut s’armer. Un bataillon de brigand se trouva face à Teller, qui fonça dans le tas. En vain ils tirèrent, les balles ricochaient sur le corps de leur ennemi. Il frappait dans le tas, assommant, tuant, sans perdre son air neutre. Ils furent bientôt tous au sol. Au milieu d’eux, Teller, en position de combat, regardait son œuvre, en respirant calmement.

            Scax se trouvait au milieu d’un hangar à vaisseau. Il fut soudain entouré de brigands armés qui le tenaient en joue. Il leva les bras, arborant un étrange sourire. Et de ses mains jaillirent des éclairs de lumière aveuglants. Les assaillants furent entourés de lumière, alors ils tirèrent. Le résultat ne se fit pas attendre. Quasiment tous furent tués par la balle d’un de leur camarade. La salle fut bientôt jonchée de cadavre. Quant à Scax, il avait disparu.


            Léon se trouva dans une situation similaire. Tout aussi calme que ses compagnons, il entendit les brigands crier

_ Attention ! Ils ont des pouvoirs. Ils sont forts comme une armée et ils font des éclairs…

_ Rassurez vous, dit Léon, je n’ai pas de tel pouvoir. Moi je n’ai que des souvenirs…

  A peine eut il dit ces mots que tous ceux qui l’entouraient se retrouvèrent sur Soïda alors que la destruction commençait. Ils virent le sol s’ouvrir sous leurs pieds, ils sentirent la planète entière se disloquer, et furent envahis par la folie et le désespoir.

Léon regarda les brigands se tordre sur le sol avant de rester prostrés, silencieux et tremblants.

            Tout l’équipage fut bientôt maîtrisé, Ceux qui restaient se terraient dans des salles secrètes au fin fond du vaisseau. Les trois compagnons n’en avaient cure. Ils retrouvèrent le hangar où leur vaisseau avait été entreposé. Il était encore dans un sale état, mais il ne fallut que quelques mouvements de main de Scax pour que tout soit réparé. Quelques autres mouvements de sa part, et une partie des vivres contenus dans le Murena se retrouva dans la réserve du leur. Il en fut de même pour le carburant. Il était temps de partir.




            Teller, Scax et Léon restèrent silencieux pendant qu’ils s’éloignaient du Murena. Leurs yeux étaient redevenus normaux.

_ Et maintenant ? demanda Léon au bout d’un moment

_ Je ne sais pas, dit Teller. C’est comme si on avait rêvé tout ça… Je n’entends plus les fantômes. Vous croyez que c’est fini ?

_ Non, dit Scax. Ils nous ont aidés, et maintenant, c’est à notre tour

  Ils restèrent à nouveau silencieux. Teller hocha la tête et dit

_ Alors dit nous où se trouve notre prochaine destination…

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Published by Space Freak - dans histoires courtes
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commentaires

Sylvain 31/01/2009 11:00

Très drôles les illustrations. Bravo SAD.

Lud 30/01/2009 22:41

Une fois de plus les dessins de SAD mettent en valeur ton texte. Excellent !

SAD 27/01/2009 22:14

ça y'est j'a fini malgré la crève et les yeux larmoyants... je te les envois!!!

Sylvain 25/01/2009 16:17

Comme quoi j'ai bien fait de mettre en doute la parole de Pratchett, puisque ça t'a permi de me démontrer que la transposition était bien possible. D'accord, il y a des différences entre les 2 versions d'accord, il reste pas mal d'ésotérisme dans la version SF, mais je ne vais pas t'enlever ça : La trame est sensiblement la même (même si la transformatio diffère d'un texte à l'autre), ainsi que les personnages et l'état final.
Tu l'as bien ré-écrit avec des boulons !

Space Freak 25/01/2009 19:53


J'ai essayé au début de suivre tout le cheminement en collant au plus près au texte original et en transformant les fantômes en extra-terrestres mais en
fait ça ne donnait pas un bon résultat, aussi, il a fallu un peu retravailler, mais tu vois, il ne faut pas contredire Pratchett comme ça!


Relka 24/01/2009 15:08

Franchement la classe!!!
J'ai pas encore lu la version Fantasy mais cette version me plait beaucoup.
Bravo je ne me suis régalé.

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